Frères musulmans : grand-messe, petit catéchisme et sermon en boucle

Mes très chers fidèles de la République en stress postcolonial,
Mes très chères ouailles du plateau télé,

Voici venu le temps des grandes liturgies sécuritaires, où l’on brandit non plus la menace rouge, verte ou jaune, mais verte foncée, tendance barbu légaliste.

Ce mercredi, au Conseil de Défense – notre nouveau Vatican en uniforme – l’Évangile du moment fut lu à huis clos : le rapport tant attendu sur l’entrisme des Frères musulmans.

Ô miracle de la Sainte Peur ! Voilà des semaines que Bruno Retailleau, notre ministre de l’Intérieur-Évangéliste, en organise le teasing comme d’autres leur messe de Noël.

À l’intérieur : secret-défense, sourcils froncés, regards graves.
À l’extérieur : Le Figaro en extase, Le Point en transe, Le JDD en convulsions.

Le tout pour un rapport qui, selon les plus fervents croyants, fait trembler la République… de rire ou de peur, on hésite. Moi, je pouffe…

Le rapport ?

Un parchemin caviardé, pondu par un ambassadeur à la retraite et un préfet en préretraite, recensant des mosquées, des assos, des clubs de foot soupçonnés de salafisme latent, et même – hérésie suprême – Karim Benzema.

Oui, mes amis : le football est désormais un cheval de Troie de la charia.

Bruno, notre Saint Paul de la République chrétienne, en a même tiré un petit opuscule électoral de 32 pages – un format idéal pour les lecteurs de Valeurs actuelles : court, affirmatif, illustré de mots qui font peur.

Titre : Ne rien céder. On dirait un slogan de barricade, mais ne nous y trompons pas : entre les lignes faut lire « tolérance zéro musulmans », ça fait plus BAC nuit.

Florence Bergeaud-Blackler, la nouvelle sainte patronne du frérisme imaginaire, bénit le texte d’un « amen » académique. On applaudit !

Le clergé médiatique s’en empare.
Les chercheurs sérieux, eux, ont décliné l’invitation.
Sans doute faute de scapulaire.

La grande messe du soupçon

Et dans cette grand-messe du soupçon, nul ne veut rester au fond de la nef :

  • Gabriel Attal, enfant de chœur survolté, propose une « loi entrisme ».
  • Édouard Philippe, apôtre un peu grisonnant, déclame à Marseille : « Je refuse de fermer les yeux ». Sauf sur les inégalités, mais passons.

Quant à Emmanuel Macron, notre évêque suprême, il reprend la main :

« Pas d’amalgame, mais pas de naïveté. »

Traduction liturgique : « Faisons semblant de réfléchir pendant que les autres crient ».

Le nouveau catéchisme républicain

Et l’on découvre avec effarement que le vocabulaire républicain se conjugue désormais en trois saints mystères :

  • le communautarisme, péché originel,
  • le séparatisme, hérésie régionale,
  • l’entrisme, fléau invisible, mais utile électoralement.

Chers fidèles, ne vous y trompez pas : cette chasse au fantôme islamiste n’est pas une enquête, c’est une homélie électorale.

On n’attend pas de vérités, seulement des frissons.
Et si, au passage, quelques musulmans peuvent être montrés du doigt pour que la droite se montre en bras d’honneur, alors le sacrifice aura été utile.

Amen, chrétiens de plateau.
Amen, républicains à carte de presse.

Et n’oubliez pas de voter à droite…
car c’est là tout le sens de ce catéchisme.

Guy Masavi

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