Robert Ménard, ou l’art sacré de chasser les impurs au nom du Mariage Républicain
Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs,
Mettez vos mains jointes, vos drapeaux tricolores en berne,
et vos cerveaux au repos.
Nous allons célébrer un grand mystère républicain :
le sacrement du mariage, version OQTF.
Oui, mes amis, réjouissons-nous !
Car voici que Robert Ménard,
vierge de compassion mais fervent croisé de l’ordre municipal,
a trouvé un couple à crucifier sur l’autel de sa moralité biterroise.
Et comme tout bon petit inquisiteur,
il ne s’est pas embarrassé du droit.
Il a préféré le souci. Le flair. L’odeur.
« Ça sent le mariage blanc », dit-il,
le nez dans ses fantasmes comme un cochon dans la truffe.
Ah ! Quelle noblesse !
Refuser d’unir deux amoureux,
au nom de la République, de la nation, du terroir, de ses tripes !
Robert le Pur, Robert l’Intègre,
qui ferme les portes de la mairie à double tour,
pendant qu’Eva, en robe blanche,
tient la main de sa fille et croit encore à l’État de droit.
Mais l’État de droit, à Béziers, c’est un sketch.
Un spectacle de sous-préfecture,
joué par des notables à médailles,
et diffusé en direct sur CNews avec génuflexions intégrées.
Qu’a donc fait Mustapha pour mériter pareille disgrâce ?
A-t-il volé ? Violé ? Arnaqué ?
Non. Mustapha a aimé.
Il a aimé une femme,
et il avait un visa de 2016.
Mais voilà : son nom sonnait mal.
Et une OQTF flottait au-dessus de son passé comme un drone préfectoral.
Alors il fallait punir.
Expulser.
Humilier.
Et faire un exemple, pour que les autres sachent :
on ne marie pas l’amour sans-papiers dans la sainte église de la mairie.
Et là, mes amis,
tel un miracle inversé,
la République marche sur les lois.
Le président lui-même,
notre Emmanuel,
ce Christ du compromis centriste,
a béni le geste en direct sur TF1.
« C’est du bon sens », dit-il.
Oui, le bon sens de ceux qui tiennent les micros
et ne tiendront jamais la main d’un expulsé.
Et dans la foulée,
comme dans une farce où le ridicule ne tue plus,
d’autres maires s’y mettent.
On refuse. On rejette.
On fait la chasse aux amoureux comme d’autres traquaient les enfants juifs.
Mais cette fois, c’est légal,
c’est propre,
c’est validé par l’Élysée.
Et pendant ce temps,
Eva entend dans la rue :
« Elle est pas encore en Algérie, celle-là ? »
On l’appelle « la femme de l’OQTF »,
comme d’autres disaient « la pute à bougnoule » en 1961.
Mais chut.
On est en République.
Et on respecte les procédures.
Sauf quand il faut expulser vite.
Alors là, le JLD, on s’en fout.
La préfecture prend le raccourci,
et Mustapha se réveille au milieu de la nuit,
passeport périmé en main,
déporté comme une lettre mal adressée.
Et Ménard jubile.
Il remercie le préfet.
« Saint Hugues Moutouh », dit-il, la bouche pleine d’extase.
Un saint, en effet.
Saint des retours forcés.
Saint patron des humiliations publiques.
Saint protecteur des plateaux télé en chemise blanche.
Et les médias s’émerveillent.
Et les éditorialistes s’évanouissent de reconnaissance.
Et Mustapha, lui,
pêche l’espadon à Oran avec son père,
en pensant à sa compagne, à sa belle-fille,
à cette France qui lui a appris à aimer,
puis lui a claqué la porte sur le cœur.
Ah mes frères, mes sœurs,
prions pour cette République.
Qu’elle retrouve un jour la mémoire.
Qu’elle relise l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme.
Qu’elle arrête de prendre les sans-papiers pour du gibier de campagne.
Et qu’elle apprenne, enfin,
à ne pas piétiner l’amour au nom du bon sens.
Le vrai, cette fois. Pas celui qui pue le racisme en cravate.
